Micro-organismes et matiere organique du sol (modele MOMOS): bilan de 20 ans de modelisation basée sur le tracage isotopique in situ
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Etude et Gestion des Sols 16(2): 113-132
Abstract
Outils prévisionnels de la durabilité des écosystèmes et du changement global, les modèles à compartiments permettent de prédire les flux
échangés entre matières organiques d’origine végétale ou microbienne du sol ainsi que les transferts vers la phase minérale en direction
de l’atmosphère, la biosphère et l’hydrosphère. Sous l’hypothèse du mélange parfait, les traceurs isotopiques permettent la mesure
de ces flux avec une valeur initiale connue du contenu de chaque compartiment. La technique d’enfouissement de résidus marqués in
situ en sac poreux en échange avec les matières non marquées et sous les conditions réelles d’évolution des sols avec enregistrement
météorologique et modélisation complémentaire de l’état hydrique, s’avère particulièrement précise et riche en informations. Elle a été
appliquée au Venezuela et en Bolivie avec des mesures de transfert 14C et 15N dans la phase minérale et la biomasse microbienne. Dans
des milieux de haute montagne peu perturbés par l’homme, cinq modèles à compartiments incluant une proposition précédente du
modèle MOMOS et le modèle RothC
ont pu être calibrés sur les données isotopiques et soumis à une analyse de sensibilité. L’étude a
conduit à la nouvelle version du modèle MOMOS (Micro-Organismes et Matière Organique du Sol, Modelling Organic transformations
by Micro-Organisms of the Soil) centrée sur le fonctionnement microbien : (i) définition d’un nouveau mécanisme régulant la respiration
microbienne, (ii) mortalité microbienne débutant les processus d’humification et (iii) croissance microbienne régulée par l’assimilation de
matières labiles et stables d’origine végétale et microbienne. MOMOS présente aussi la particularité d’être régi par sept taux cinétiques
optimaux (pour un facteur de réponse à la température et l’humidité = 1, dimension t-1) excluant tout autre type de paramètre. Ces taux
étant tous liés à la température et l’humidité du sol, le modèle apparaît particulièrement sensible aux changements climatiques. D’autres
liaisons pour sa généralisation ont été proposées avec la qualité des intrants et les propriétés du sol. Les traceurs et la modélisation ont
permis de quantifier in situ la déposition de C par mortalité et exsudation racinaire et le renouvellement de C du sol induit par ces apports.
En couplage avec des modèles d’eau du sol et de production végétale, MOMOS permet de comprendre et prévoir la restitution de la
fertilité azotée par la jachère, émergeant ainsi comme un outil prévisionnel essentiel de la durabilité des écosystèmes. Le modèle calibré sur deux systèmes de montagne a été validé sur six écosystèmes très contrastés d’un gradient altitudinal tropical. Il est maintenant établi
que pour des apports de qualité égale, les seules variables régulant la dynamique de décomposition sont la température, l’humidité et le
taux de respiration microbienne (kresp) liés aux propriétés du sol. Des relations de pédo-transfert, calculées depuis les huit sites d’étude,
sont proposées pour relier kresp soit à la texture soit au pH du sol. L’outil est ainsi disponible pour des approches cartographiques à
l’échelle régionale s’intégrant à la prévision du changement global.